Regardez ce qu'on m'a montré : une lettre ouverte à Claude MC. Dans cette lettre, on semble en apprendre un peu plus sur la personnalité d'MC.
Cher Claude MC,
Ayant égaré tes coordonnées, j'ai essayé de te joindre la semaine dernière. Un ami m'a transmis un numéro pour te joindre dans ta maison de disques. Là-bas, on m'a renvoyé vers ces gens qui s'occupent de toi, une société de management installée rue des Cévennes à Paris. J'ai trouvé ça amusant, ça m'a rappelé l'une de tes rimes de 'Quartier Nord', tu te souviens ? “Dans les Cévennes, il s'est ven', on peut le lire sur ses veines“... J'adorais ce morceau. Bref, une fois au téléphone avec cette dame qui te connaît, j'ai pris ma plus belle voix de journaliste bienveillant et rigoureux, mais visiblement je n'ai pas été très convaincant. Jeudi dernier, elle m'a envoyé ce mail laconique :
Bonjour,
J'ai bien transmis votre demande d'interview à MC Solaar.
Lui et toute son équipe vous remercient de l'intérêt que vous lui témoignez.
Néanmoins, MC Solaar ne souhaite pas y répondre favorablement pour l'instant.
Toutefois, nous vous souhaitons une excellente continuation.
Très cordialement
Sur le moment, même si j'ai eu envie de croire à ce “pour l'instant“, ça m'a fait mal. Mais je comprends ton refus. C'est vrai qu'il y a bien longtemps que nous nous sommes perdus de vue, et crois-moi, je le regrette. Te souviens-tu l'année 1994 ? Il ne se passait une journée sans que j'écoute “Prose Combat”. Pas une. A l'époque, tu étais le seul rappeur dans mon radio-K7 mais c'était quand même toi le meilleur. Je me revois encore au Palais des Sports de Besançon pour ton concert. C'était un 4 octobre. A la fin, tu étais parti en faisant semblant de marcher au ralenti, comme en apesanteur. Et sur scène, parmi tes danseurs, j'avais reconnu Bambi Cruz ! Puis le temps a passé et j'ai grandi. Je peux te le dire maintenant : pour traverser l'adolescence, j'ai du m'éloigner de toi. C'est un peu ta faute : le rap s'ouvrait à moi, je découvrais de nouvelles voix, de nouveaux sons, mais toi tu continuais à faire des allitérations à partir du mot “zig-zag”. Alors je me suis lassé. Seuls la radio et les Enfoirés m'ont tenu au courant de ce que tu devenais, mais à chaque fois, le c½ur n'y était pas. Au rayon Disques, devant tes nouveaux albums, je restais les bras ballants, un peu gêné, comme face à un vieux pote d'enfance avec qui on renoue trop tardivement. Mais ne me juge pas trop durement : quand ils ont commencé à ricaner après toi, je suis resté en retrait. Et dans les conversations, si on me demandait par qui ma passion du rap avait commencé, j'offrais invariablement la même réponse : c'était grâce à toi. Et Caroline.
L'année dernière, en réécoutant “Paradisiaque”, j'ai réalisé avec effroi la cruauté avec laquelle le monde du rap t'avait banni. Pendant qu'ils montaient des entreprises bancales, qu'ils se donnaient des grands airs sur le plateau de Nulle Part Ailleurs, toi, tu es resté le même. Discret, courtois, fana de jeux de mots. Nous t'imaginions frappé d'immobilisme, voire d'opportunisme, alors que tu étais simplement toi. C'était tout à ton honneur, mais nous étions trop immatures pour le comprendre. Aujourd'hui, les choses ont bien changé. Quand Booba t'a cité parmi sa liste d'antiquités du rap, personne n'a sourcillé, ils attendaient tous une réplique de Joey Starr ou Akhenaton. Mais pas la tienne. Bientôt, même les trentenaires oublieront que tes deux premiers albums sont des pièces indispensables de l'histoire du rap hexagonal, c'est bien triste... Quant à moi ? Ca va à peu près. J'essaie d'être optimiste devant les copains, j'aime toujours le rap (ça me prend un temps fou maintenant !), mais il y a des moments où je me dis qu'il n'est pas vraiment devenu ce qu'on en espérait.
Mon cher Claude MC, je ne sais pas ce que tu penses de nous aujourd'hui. Pour avoir choisi de partir si loin, tu dois sans doute nous en vouloir terriblement. Mais il faut que nous reprenions contact. Je suis sûr qu'au fond de toi, tu en as envie. Prenons le temps de nous voir, une petite heure. Ou même moins si tu es pressé. Mais depuis tout ce temps, tu as forcément des choses à nous raconter : quel bilan fais-tu de toutes ces années ? Quand tu penses au rap, à quoi penses-tu ? Et ce procès, comment l'as-tu vécu ? Qui est donc cet étrange manager qui gère tes affaires ? Les soirs de gala sur TF1, as-tu la nostalgie du Posse 500 One ? Ecris-tu souvent ? Comment sont tes copains ? Que fais-tu aujourd'hui ? Que feras-tu demain ?
Les questions se bousculent, j'en ai presque peur de te vexer, mais je te le dis avec la plus grande solennité : il faut que tu reconsidères ta décision et que tu nous accordes cette interview. Je suis sûr qu'elle te soulagerait autant que nous. D'ailleurs, à l'Abcdr, c'est la seule interview que nous avons vraiment envie de lire, et j'ai bien peur que si nous ne la faisons pas nous-mêmes, elle finisse entre de mauvaises mains. Quoique, la presse rap s'est trouvé d'autres chouchous depuis toi. Quant à la presse respectable - cette ingrate - elle a le béguin pour ce fan de Capone-N-Noreaga qui s'est reconverti dans les imitations de Jacques Brel, alors à mon avis elle ne doit plus penser très souvent à toi.
Mon cher Claude MC, fais-moi confiance : nous sommes prêts à t'écouter, te questionner et te comprendre. Ne laisse plus le temps et les Victoires de la Musique nous éloigner davantage. Tu as besoin du rap, et le rap a besoin de toi.
Si jamais tu changes d'avis, tu sais comment me joindre.
Ton vieil ami de l'autre côté du radio-K7,
JB
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